Joan Villanove

De 1640 à 2017 ! Même histoire ?

Plus de trois siècles et demi séparent ces deux dates et pourtant nous sommes frappés par les similitudes.

Rappelons qu’à cette époque, la péninsule ibérique comptait trois royaumes : le Portugal avec ses propres souverains, la Castille et la Confédération Catalunya-Aragó-València avec un seul souverain pour ces deux royaumes, mais dont les lois étaient distinctes.

L’humiliation.

En 1632, le roi d’Espagne Philippe IV nomme son frère Ferdinand, capitaine général de Catalogne. Le jour même où il devait prêter serment devant les Corts Catalanes (le parlement), il provoqua une humiliation générale : il refusa d’appliquer le privilège de couverture. C'est le privilège qu’avaient les Conseillers de Barcelona et de certaines villes de rester couverts de leur chapeau devant le roi ! On rappela, lors de cette journée, l’esclandre provoqué par les Consols de Thuir qui avaient rendu visite à l’empereur Charles Quint en conservant le chapeau sur leur tête. Depuis Madrid, le premier ministre Olivares veut uniformiser l’Espagne : les Catalans doivent vivre comme les Castillans « sin ninguna diferencia », sans aucune différence.
En octobre 2017 : le statut d’autonomie est supprimé en Catalogne… sans aucune différence !

L’occupation.

Revenons aux années 1600. Le fait que les Catalans soient écartés de l’Amérique, le fait que nos aïeux se souviennent de leur rayonnement passé, le fait qu’ils savent que l’ouverture du commerce américain leur permettrait d’atteindre la prospérité d’autrefois, le fait que les troupes castillanes décident d’occuper la Catalogne pour la protéger de ses propres démons… tout ceci exacerbe les passions d’un peuple obligé de se replier sur lui-même. Alors des clans se forment, des affrontements locaux éclatent, pour ou contre l’Espagne ; c’est l’époque du « bandolérisme », notamment les « cadells » et les « nyeros » (du château de Nyer) qui divisèrent le pays. Le malaise est certain. Après les attaques des troupes françaises, ce furent 10.000 militaires castillans qui s’installèrent en Catalogne et aussi à Perpignan chez l’habitant… et comme Madrid ne versait pas leur solde, ils se servaient sur place.
En septembre 2017 : plus de 8.000 hommes de la « guardia civil » installés dans bateaux ancrés dans le port de Barcelone et de Tarragone, protègent la terre catalane… qui aurait perdu sa sagesse proverbiale !

L’emprisonnement.

En 1640, le gouvernement de la Generalitat était composé de trois députés élus : le président (ecclésiastique), un noble, un bourgeois. Le 18 mars 1640, le comte de Santa Coloma, représentant le roi d’Espagne, fait arrêter Francesc Tamarit, le député de la noblesse. Ce qui provoqua de violentes protestations. Il devait être conduit à Perpignan mais, le peuple défonça les portes de la prison et Tamarit retrouva l’air libre ; effaré, Santa Coloma libéra deux autres élus, Francesc Joan de Vergós i de Sorribes et Lleonard Serra. Le consol de Perpignan est lui aussi emprisonné. Mais la révolte a continué et le 7 juin, les manifestations ont repris, connues sous le nom de Corpus de Sang. C’est à ce moment qu’a été écrit l’hymne des Segadors.
En octobre et novembre 2017 : plus de dix femmes et hommes élus sont jetés en prison, sans ménagement.

L’union face à l’ennemi commun.

Revenons à 1640. Alors il va se passer un événement spontané, comme un cri du cœur. Tous les clans opposés, autrefois ennemis, oublient leurs querelles et s’écrient « Visca la terra ! » Et les bandes armées se joignent aux Segadors (les centaines de faucheurs à la recherche de travail en ce mois de juin). C’est l’union sacrée face à l’ennemi commun : Madrid.
En novembre 2017. Pour les élections du 21 décembre, certains partis politiques préconisent de faire une liste commune. Attendons. Ce sera là aussi l’union sacrée.

La réputation des Catalans.

Des faits restent permanents : le pacifisme et l’esprit d’ouverture des Catalans. Vers 1640, Lope de Vega, le grand écrivain castillan, décrit « Barcelone la riche ». Cervantès ajoute qu’elle est « archive de la courtoisie, refuge des étrangers, hospice des pauvres, patrie des braves, vengeance des offensés, douce communication de fermes amitiés… ». A cette époque, Barcelone est un pôle d’attraction comme Madrid n’avait jamais pu l’être. Rappelons deux tristes dates. Après la détestable expulsion des juifs du royaume d’Espagne en 1492 signée par Isabelle la Catholique, voilà qu’en 1609, le roi d’Espagne Philippe III expulse les musulmans du pays. Une ordonnance inimaginable pour les Catalans. Environ cent mille musulmans dans la région de Valencia où la ruine est annoncée.
Alors ? Certains rêvent d’une Espagne Fédérale. Instaurée par Madrid, le rêve deviendra rapidement un cauchemar. La Fédération ou même la Confédération est un état d’esprit que l’on retrouve en Suisse, en Allemagne, en Grande-Bretagne… L’histoire le prouve. Les gouvernants « espagnols » ne l’ont pas et les « français » encore moins. Les Catalans ont-ils le choix ? Entre une autonomie envolée et une fédération illusoire, il ne leur reste que l’indépendance.
Aujourd’hui, un slogan a repris le dessus : « Llibertat ! ». 

Pel Comitè de Solidaritat Catalana: Joan Villanove

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